Mittwoch, 29. April 2015


Ein Autor sucht vergebens, sich durch sein Werk Bewunderung zu verschaffen. Die Dummköpfe bewundern manchmal, aber es sind Dummköpfe. Die Leute von Geist tragen in sich die Keime aller Wahrheiten und aller Empfindungen, nichts ist neu für sie; sie bewundern wenig, sie stimmen zu und billigen.
An author looks in vain to make himself admired with his work. Fools sometimes admire authors, but they are fools. People with esprit have stored the beginnings of every truth and feeling in themselves, nothing is new to them; they seldom admire, they approve.   
Un auteur cherche vainement à se faire admirer par son ouvrage. Les sots admirent quelquefois, mais ce sont des sots. Les personnes d'esprit ont en eux les semences de toutes les vérités et de tous les sentiments, rien ne leur est nouveau; ils admirent peu, ils approuvent.

Donnerstag, 23. April 2015

Le philosophe consume sa vie à observer les hommes, et il use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule; s'il donne quelque tour à ses pensées, c'est moins par une vanité d'auteur, que pour mettre une vérité qu'il a trouvée dans tout le jour nécessaire pour faire l'impression qui doit servir à son dessein. Quelques lecteurs croient néanmoins le payer avec usure, s'ils disent magistralement qu'ils ont lu son livre, et qu'il y a de l'esprit; mais il leur renvoie tous leurs éloges, qu'il n'a pas cherchés par son travail et par ses veilles. Il porte plus haut ses projets et agit pour un fin plus relevée: il demande des hommes un plus grand et un plus rare succès que les louanges, et même que les récompenses, qui est de les rendre meilleurs.
A philosopher consumes his life in observing men, and he uses his esprit to unravel and ridicule their vices; if he gives some expression to his thoughts, it is less for the vanity of being an author than to make a truth he has seen clearly serve his design. Some readers nevertheless think that they are repaying him with interest if they majestically say that they have read his book, and found esprit; but he leaves all of their praises alone, which he didn't look for with his work and nightly vigils. He carries his project higher and works toward a nobler end: he asks from men a greater and rarer success than praises, and even than any reward, which is to make them better.

Montag, 13. April 2015

Wenn eine Lektüre die Seele erhebt und edle und mutige Empfindungen auslöst, soll man nach keinem anderen Massstab für sein Urteil über das Werk suchen; das Werk ist gut und von einer Hand gemacht, die zu ihrer Arbeit berufen ist.

Quand une lecture vous élève l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger l'ouvrage; il est bon, et fait de main d'ouvrier.   
When a piece of writing elevates your spirit, and inspires you with noble and courageous feelings, don't look for another rule whereby to judge it; it is good, and shake the hand of the writer.

Freitag, 10. April 2015

If certain keen and decided people were believed, words would be too verbose to express feelings: you would have to communicate with them in signs, or make yourself understood without speaking. Whatever care you take to be compact and concise, and whatever reputation you have for being so, they will find you diffuse. You must leave it to them to supply everything, and write for nobody else. They understand a phrase from the word that begins it, and a whole chapter from a phrase: if you have read them a single part of your work, that is enough, they have experienced it and understand everything. A web of enigmas would be a pleasure for them to read; and it's unfortunate for them that this maimed style is so rare, and that few writers work toward it. Comparisons of a flood whose course, though rapid, is smooth and uniform, or of a fire that, driven by the wind, spreads far over a forest and consumes oaks and pines, give them no idea of eloquence. Give them a surprising greek fire, or a dazzling bolt of lightening, and they will leave you what is good and beautiful. 
Si certains esprits vifs et décisifs étaient crus, ce serait encore trop que les termes pour exprimer les sentiments: il faudrait leur parler par signes, ou sans parler se faire entendre. Quelque soin qu'on apporte à être serré et concis, et quelque réputation qu'on ait d'être tel, ils vous trouvent diffus. Il faut leur laisser tout à suppléer, et n'écrire que pour eux seuls. Ils conçoivent un période par le mot qui la commence, et par une période tout un chapitre: leur avez-vous lu un seul endroit de l'ouvrage, c'est assez, ils sont dans le fait et entendent l'ouvrage. Un tissu d'énigmes leur serait une lecture divertissante; et c'est une perte pour eux que ce style estropié qui les enlève soit rare, et que peu d'écrivains s'en accommodent. Les comparaisons tirées d'un fleuve dont le cours, quoique rapide, est égal et uniforme, ou d'un embrasement qui, poussé par les vents, s'épand au loin dans un forêt où il consume les chênes et les pins, ne leur fournissent aucune idée de l'éloquence. Montrez-leur un feu grégeois qui les surprenne, ou un éclair qui les éblouisse, ils vous quittent du bon et du beau.