Les autres
forment l’homme, je le recite : et en represente un particulier, bien mal
formé : et lequel si j’avoy à façonner de nouveau, je ferois vrayement
bien autre qu’il n’est : mes-huy c’est fait.
Freitag, 19. Juni 2015
Or les
traits de ma peinture, ne se fourvoyent point, quoy qu’ils se changent et
diversifient. Le monde n’est qu’une branloire perenne : Toutes choses y
branlent sans cesse, la terre, les rochers du Caucase, les pyramides
d’Ægypte : et du branle public, et du leur. La constance mesme n’est autre
chose qu’un branle plus languissant. Je ne puis asseurer mon object : il
va trouble et chancelant, d’une yvresse naturelle. Je le prens en ce poinct,
comme il est, en l’instant que je m’amuse à luy. Je ne peinds pas l’estre, je
peinds le passage : non un passage d’aage en autre, ou comme dict le
peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Il faut
accommoder mon histoire à l’heure. Je pourray tantost changer, non de fortune
seulement, mais aussi d’intention : C’est un contrerolle de divers et muables
accidens, et d’imaginations irresoluës, et quand il y eschet, contraires :
soit que je sois autre moy-mesme, soit que je saisisse les subjects, par autres
circonstances, et considerations. Tant y a que je me contredis bien à
l’advanture, mais la verité, comme disoit Demades, je ne la contredy point.
Die Züge meines Gemäldes aber verwischen sich
nicht, obgleich sie sich ändern und wandeln. Die Welt ist nichts als eine
nimmer ruhende Schaukel. Alle Dinge in ihr schwanken fort und fort: die Erde,
die Felsen des Kaukasus, die Pyramiden Ägyptens, im allgemeinen Schwanken der
Dinge und in ihrem eigenen. Die Beständigkeit selbst ist nichts anderes als ein
zaudernderes Schwanken. Ich kann meinen Gegenstand nicht festhalten. Er geht
taumelnd und wankend in natürlicher Trunkenheit einher. Ich ergreife ihn in
diesem Zustand, wie er ist, in dem Augenblick, in dem ich mich mit ihm
beschäftige. Ich zeige nicht das Sein, ich zeige den Übergang; nicht einen
Übergang von einem Alter zum andern, oder, wie das Volk sagt, von sieben zu
sieben Jahren, sondern von Tag zu Tag, von Minute zu Minute. Ich muß meine
Erzählung nach der Stunde richten. Ich könnte alsbald ein anderer werden, nicht
nur äußerlich, sondern auch ändern Sinnes. Es ist eine Aufzeichnung
verschiedener und veränderlicher Zufälle, unbestimmter, und wenn es sich
trifft, auch gegensätzlicher Einfälle: sei es, daß ich selber anders geworden
bin, sei es, daß ich die Dinge unter andern Umständen und anderem Winkel
betrachte. Indessen gilt, daß ich mir wohl mitunter widerspreche, der Wahrheit
aber, wie Demades sagte, widerspreche ich nicht.
Les
autheurs se communiquent au peuple par quelque marque speciale et
estrangere : moy le premier, par mon estre universel : comme, Michel
de Montaigne : non comme Grammairien ou Poëte, ou Jurisconsulte. Si le
monde se plaint dequoy je parle trop de moy, je me plains dequoy il ne pense
seulement pas à soy.
Wenn sich
die Leute darüber beklagen, dass ich zuviel von mir spreche, so beklage ich
mich darüber, dass sie nicht einmal an sich denken.
Mais
est-ce raison, que si particulier en usage, je pretende me rendre public en
cognoissance ? Est-il aussi raison, que je produise au monde, où la façon
et l’art ont tant de credit et de commandement, des effects de nature et crus
et simples, et d’une nature encore bien foiblette ? Est-ce pas faire une
muraille sans pierre, ou chose semblable, que de bastir des livres sans
science ? Les fantasies de la musique, sont conduits par art, les miennes
par sort. Aumoins j’ay cecy selon la discipline, que jamais homme ne traicta
subject, qu’il entendist ne cogneust mieux, que je fay celuy que j’ay
entrepris : et qu’en celuy là je suis le plus sçavant homme qui vive.
Secondement, que jamais aucun ne penetra en sa matiere plus avant, ny en
esplucha plus distinctement les membres et suittes : et n’arriva plus
exactement et plus plainement, à la fin qu’il s’estoit proposé à sa besongne.
Pour la parfaire, je n’ay besoing d’y apporter que la fidelité : celle-là
y est, la plus sincere et pure qui se trouve. Je dy vray, non pas tout mon
saoul : mais autant que je l’ose dire : Et l’ose un peu plus en
vieillissant : car il semble que la coustume concede à cet aage, plus de
liberté de bavasser, et d’indiscretion à parler de soy. Il ne peut advenir icy,
ce que je voy advenir souvent, que l’artizan et sa besongne se
contrarient : Un homme de si honneste conversation, a-il faict un si sot
escrit ? Ou, des escrits si sçavans, sont-ils partis d’un homme de si
foible conversation ?
Qui a un
entretien commun, et ses escrits rares : c’est à dire, que sa capacité est
en lieu d’où il l’emprunte, et non en luy. Un personnage sçavant n’est pas
sçavant par tout : Mais le suffisant est par tout suffisant, et à ignorer
mesme.
Icy nous
allons conformément, et tout d’un train, mon livre et moy. Ailleurs, on peut
recommander et accuser l’ouvrage, à part de l’ouvrier : icy non : qui
touche l’un, touche l’autre.
Wenn einer
im Gespräch platt und in seinen Schriften trefflich ist, so will das besagen,
dass seine Trefflichkeit da liegt, wo er sie erborgt hat, und nicht in ihm
selber. Ein gelehrter Mann ist nicht gelehrt in allen Dingen; aber der
Verständige ist verständig überall, selbst im Nichtwissen.
Wir gehen
hier einhellig und im gleichen Schritt, mein Buch und ich. Anderswo kann man
das Werk unabhängig von seinem Verfasser loben oder schelten; hier nicht: wer
das eine vornimmt, nimmt auch den anderen vor.
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