Or les
traits de ma peinture, ne se fourvoyent point, quoy qu’ils se changent et
diversifient. Le monde n’est qu’une branloire perenne : Toutes choses y
branlent sans cesse, la terre, les rochers du Caucase, les pyramides
d’Ægypte : et du branle public, et du leur. La constance mesme n’est autre
chose qu’un branle plus languissant. Je ne puis asseurer mon object : il
va trouble et chancelant, d’une yvresse naturelle. Je le prens en ce poinct,
comme il est, en l’instant que je m’amuse à luy. Je ne peinds pas l’estre, je
peinds le passage : non un passage d’aage en autre, ou comme dict le
peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Il faut
accommoder mon histoire à l’heure. Je pourray tantost changer, non de fortune
seulement, mais aussi d’intention : C’est un contrerolle de divers et muables
accidens, et d’imaginations irresoluës, et quand il y eschet, contraires :
soit que je sois autre moy-mesme, soit que je saisisse les subjects, par autres
circonstances, et considerations. Tant y a que je me contredis bien à
l’advanture, mais la verité, comme disoit Demades, je ne la contredy point.
Freitag, 19. Juni 2015
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