La
neutralité entre des femmes qui nous sont également amies, quoiqu'elles aient
rompu pour des intérêts où nous n'avons nulle part, est un point difficile: il
faut choisir souvent entre elles, ou les perdre toutes deux.
PART OF THE “QUID AUTEM ISTA LOQUOR” PROJECT
Warum sollte man den
Männern die Schuld dafür geben, dass die Frauen nicht gebildet sind? Durch
welche Gesetze, durch welche Verordnungen, durch welche Erlasse wurde ihnen
verboten, die Augen zu öffnen und zu lesen, das Gelesene zu behalten und
darüber Rechenschaft abzulegen, sei es in ihren Gesprächen oder in ihren
Werken? Haben sie sich nicht vielmehr selbst in dieser Gewohnheit, nichts zu
wissen, festgesetzt, sei es durch die Schwäche ihrer Konstitution, sei es durch
die Trägheit ihres Geistes, sei es durch die Sorge um ihre Schönheit, sei es
durch eine gewisse Leichtfertigkeit, die sie daran hindert, einem langen
Studium nachzugehen, oder durch das Talent und Genie, das sie nur für
handwerkliche Arbeiten besitzen, oder durch die Ablenkungen, die die Belange
eines Hausangestellten mit sich bringen, oder durch eine natürliche Abneigung
gegen mühsame und ernste Dinge, oder durch eine Neugier, die sich gänzlich von
der unterscheidet, die den Geist befriedigt, oder durch einen ganz anderen
Geschmack als den, ihr Gedächtnis zu trainieren? Doch welchem Grund auch immer
die Männer diese Unwissenheit der Frauen zuschreiben mögen, sie sind froh, dass
die Frauen, die sie im übrigen in so vielen Bereichen übertreffen, diesen Vorteil
weniger über sie haben.
Man betrachtet eine
gelehrte Frau wie eine schöne Waffe: Sie ist kunstvoll ziseliert, von
bewundernswertem Glanz und von sehr raffinierter Arbeit; sie ist ein
Ausstellungsstück, das man Neugierigen zeigt, das nicht zum Gebrauch bestimmt
ist, das weder im Krieg noch auf der Jagd dient, ebenso wenig wie ein
Dressurpferd, auch wenn es das am besten ausgebildete der Welt ist.
Wenn Wissenschaft und
Weisheit in ein und derselben Person vereint sind, frage ich nicht mehr nach
dem Geschlecht, sondern bewundere; und wenn ihr mir sagt, dass eine weise Frau
kaum daran denkt, gelehrt zu sein, oder dass eine gelehrte Frau kaum weise ist,
habt ihr bereits vergessen, was ihr gerade gelesen habt, nämlich dass Frauen
nur durch bestimmte Fehler von den Wissenschaften abgehalten werden:
Schlussfolgert also selbst, dass sie umso weiser wären, je weniger sie diese
Mängel hätten, und dass somit eine weise Frau umso besser geeignet wäre,
Gelehrte zu werden, oder dass eine Gelehrte, die nur deshalb solche ist, weil
sie viele Mängel überwinden konnte, umso weiser ist.
Pourquoi
s'en prendre aux hommes de ce que les femmes ne sont pas savante? Par quelles
lois, par quels édits, par quels rescrits leur a-t-on défendu d'ouvrir les yeux
et de lire, de retenir ce qu'elles ont lu, et d'en rendre compte ou dans leur
conversation ou par leurs ouvrages? Ne se sont-elles pas au contraire établie
elles-même dans cet usage de ne rien savoir, ou par la faiblesse de leur
complexion, ou par la paresse de leur esprit, ou par le soin de leur beauté, ou
par une certaine légèreté qui les empêche de suivre une longue étude, ou par le
talent et le génie qu'elles ont seulement pour les ouvrages de la main, ou par
les distractions que donnent les détails d'un domestique, ou par un éloignement
naturel des choses pénibles et sérieuses, ou par une curiosité toute différente
de celle qui contente l'esprit, ou par un tout autre goût que celui d'exercer
leur mémoire? Mais à quelque cause que les hommes puissent devoir cette
ignorance des femmes, ils sont heureux que les femmes, qui les dominent d'ailleurs
par tant d'endroits, aient sur eux cet avantage de moins.
On regarde une femme savante comme on fait une
belle arme: elle est ciselée artistement, d'une polissure admirable et d'un
travail fort recherché; c'est une pièce de cabinet, que l'on montre aux
curieux, qui n'est pas d'usage, qui ne sert ni à la guerre ni à la chasse, non
plus qu'un cheval de manège, quoique le mieux instruit du monde.
Si la science et la sagesse se trouvent unies
en un même sujet, je ne m'informe plus du sexe, j'admire; et si vous me dites
qu'une femme sage ne songe guère à être savante, ou qu'une femme savante n'est
guère sage, vous avec déjà oublié ce que vous venez de lire, que les femmes ne
sont détournées des sciences que par de certains défauts: concluez donc
vous-même que moins elles auraient de ces défauts, plus elles seraient sages,
et qu'ainsi une femme sage n'en serait que plus propre à devenir savante, ou qu'une
femme savante, n'étant telle que parce qu'elle aurait pu vaincre beaucoup de
défauts, n'en est que plus sage.
Why
attribute it to men that women are not learned? By what laws, what edicts, what
regulations have they forbidden them from opening their eyes and reading, from
retaining what they have read, and from giving an account of it in their
conversation or in their works? Have they not rather established this custom
themselves of not being knowledgeable, either because of the weakness of their
constitution, or the indolence of their esprit, or the care of their beauty, or
a certain flightiness that prevents them from following a long study through,
or a talent and genius only for handiwork, or the distractions that come from
domestic avocations, or a natural estrangement from difficult and serious
things, or a curiosity very distinct from what satisfies esprit, or a
completely different taste than for exercising their memory? But whatever cause
men may give for the ignorance of women, they are fortunate that women, who
rule them in so many other things, don't have this advantage over them at
least.
We regard a learned woman in the same way
people regard a beautiful piece of armor: it is artistically chiselled, has an
admirable polish, and shows exquisite workmanship; it is kept in the cabinet as
part of a collection, which one shows to people who are curious, which is not
used, which is not taken when going to war nor when hunting, no more than a
horse immediately out of riding-school, though the best instructed in the
world.
If knowledge and wisdom are united in a single
person, I do not ask about his or her sex, I admire; and if you tell me that a
wise woman doesn't think of becoming learned, or that a learned woman is hardly
wise, you have already forgotten what you have just read, that women are only
discouraged from knowledge by certain faults: therefore, conclude that the less
they have these faults, the wiser they would be, and that a wise woman would
only be more fit for becoming learned, or that a learned woman, only being such
because she has been able to conquer very many weaknesses, is only wiser for
it.
Un
comique outre sur la scène ses personnages; un poète charge ses déscriptions;
un peintre qui fait d'après nature force et exagère une passion, un contraste,
des attitudes; et celui qui copie, s'il ne mesure au compas les grandeurs et
les proportions, grossit ses figures, donne à toutes les pièces qui entrent
dans l'ordonnance de son tableau plus de volume que n'en ont celles de
l'original: de même la pruderie est une imitation de sagesse.
Il y a une fausse modestie qui est vanité, une
fausse gloire qui est légèreté, une fausse grandeur qui est petitesse, une
fausse vertu qui est hypocrisie, une fausse sagesse qui est pruderie.
Une femme prude paye de maintien et de parole;
une femme sage paye de conduite. Celle-là suit son humeur et sa complexion,
celle-ci sa raison et son coeur. L'une est sérieuse et austère; l'autre est
dans les diverses rencontres précisément ce qu'il faut qu'elle soit. La
première cache des faibles sous de plausibles dehors; la seconde couvre un
riche fonds sous un air libre et naturel. La pruderie contraint l'esprit, ne
cache ni l'âge ni la laideur; souvent elle les suppose: la sagesse au contraire
pallie les défauts du corps, ennoblit l'esprit, ne rend la jeunesse que plus
piquante et la beauté que plus périlleuse.
An
actor overdoes his part when on stage; a poet amplifies his descriptions; a
painter who draws from life constrains and exaggerates passions, contrasts, and
attitudes; and someone who copies his painting, unless he uses a compass to
measure the dimensions and proportions, makes the figures bigger and gives to
every part of the tableau more volume than the original had: it is in the same
way that prudery imitates wisdom.
There is a false modesty which is vanity, a
false glory which is thoughtlessness, a false grandeur which is pettiness, a
false virtue which is hypocrisy, and a false wisdom which is prudery.
A prude woman is concerned with her bearing
and her words; a wise woman is concerned with her conduct. The first follows
her humor and complexion, the second her reason and her heart. The former is
serious and austere; the latter acts precisely as is necessary in different
situations. The first hides her weaknesses under a plausible exterior; the
second covers a rich store of virtue with a free and natural air. Prudery
constrains esprit, and neither hides age nor ugliness; often it presupposes
them: wisdom, on the contrary, palliates imperfections of the body, ennobles
esprit, and makes youth only more piquant and beauty only more perilous.
C'est
dans les femmes une violente preuve d'une réputation bien nette et bien
établie, qu'elle ne soit pas même effleurée par la familiarité de quelque-unes
qui ne leur ressemblent point; et qu'avec toute la pente qu'on a aux malignes
explications, on ait recours à une tout autre raison de ce commerce qu'à celle
de la convenance des moeurs.
Es ist bei den Frauen
ein deutlicher Beweis für einen klaren und fest etablierten Ruf, dass sie sich
nicht einmal von der Vertrautheit einiger weniger, die ihnen überhaupt nicht
ähnlich sind, beeinflussen lassen; und dass man trotz aller Neigung zu böswilligen
Erklärungen auf einen ganz anderen Grund für diesen Umgang zurückgreift als den
der guten Sitten.
It is a violent proof of a very unstained and established reputation in a woman, if she is not even sullied by her familiarity with certain women who do not resemble her at all; and if, with all the inclination people have to give malignant explanations, they nonetheless ascribe this intimacy to a completely different reason than a similarity of morals.
A
woman is easy to govern, provided that a man takes some trouble to do so. Even
a single man can be seen governing many; he cultivates their esprit and their
memory, fixes and determines their religion; he even undertakes to rule their
heart. They neither approve nor disapprove, neither praise nor condemn, until
after they have consulted his eyes and countenance. He is the source of their
joys and their chagrins, of their desires, of their jealousies, of their
hatreds and of their loves; he makes them break from their gallants; he makes
them upset at or reconciled to their husbands, and he profits from the
intervals in between. He takes care of their affairs, solicits for them in
their lawsuits, and goes to see their judges; he gives them his doctor, merchant
and craftsmen; he interferes in finding them a residence, he furnishes it, and
he orders their carriages. One sees him with them when they take a ride,
throughout the streets of the town, and on walks, as well as in their pew at
church and in their box at the theater; he makes their visits with them; he
accompanies them to the baths, to the waters, on their travels; he has the most
comfortable apartment in their country houses. He grows old without losing his
authority: a little esprit and a great deal of time to lose was enough for him
to keep it; the children, the heirs, the daughter-in-law, the niece, the
servants, everyone depends on him. He began by making himself esteemed; he ends
by making himself feared. This friend from so long ago, who is so necessary,
dies without anyone crying over him; and ten women he was the tyrant of inherit
upon his death their freedom.
Une
femme est aisé à gouverner, pourvu que ce soit un homme qui s'en donne la
peine. Un seul même en gouverne plusieurs; il cultive leur esprit et leur
mémoire, fixe et détermine leur religion; il entreprend même de régler leur
coeur. Elles n'approuvent et ne désapprouvent, ne louent et ne condamnent,
qu'après avoir consulté ses yeux et son visage. Il est le dépositaire de leur
joies et de leurs chagrins, de leurs désirs, de leurs jalousies, de leurs
haines et de leurs amours; il les fait rompre avec leurs galants; il les
brouille et les réconcilie avec leurs maris, et il profite des interrègnes. Il
prend soin de leurs affaires, sollicite leur procès, et voit leurs juges; il
leur donne son médecin, son marchand, ses ouvriers; il s'ingère de les loger,
de les meubler, et il ordonne de leur équipage. On le voit avec elles dans
leurs carrosses, dans les rues d'une ville et aux promenades, ainsi que dans
leur banc à un sermon, et dans leur loge à la comédie; il fait avec elles les
mêmes visites; il les accompagne au bain, aux eaux, dans les voyages; il a le
plus commode appartement chez elles à la compagne. Il vieillit sans déchoir de
son autorité: un peu d'esprit et beaucoup de temps à perdre lui suffit pour la
conserver; les enfants, les héritiers, la bru, la nièce, les domestiques, tout
en dépend. Il a commencé par se faire estimer; il finit par se faire craindre.
Cet ami si ancien, si nécessaire, meurt sans qu'on le pleure; et dix femmes
dont il était le tyran héritent par sa mort de la liberté.
Eine Frau ist leicht
zu lenken, vorausgesetzt, dass sich ein Mann darum bemüht. Ein einziger Mann
lenkt sogar mehrere Frauen; er bildet ihren Geist und ihr Gedächtnis, legt ihre
Religion fest und bestimmt sie; er unternimmt es sogar, ihre Herzen zu lenken.
Sie stimmen zu oder lehnen ab, loben oder verurteilen nur, nachdem sie seine
Augen und sein Gesicht konsultiert haben. Er ist der Hüter ihrer Freuden und
ihrer Sorgen, ihrer Wünsche, ihrer Eifersüchteleien, ihres Hasses und ihrer
Liebe; er trennt sie von ihren Liebhabern; er entzweit sie mit ihren Ehemännern
und versöhnt sie wieder mit ihnen, und er nutzt die Zwischenzeiten. Er kümmert
sich um ihre Angelegenheiten, führt ihre Prozesse und besucht ihre Richter; er
stellt ihnen seinen Arzt, seinen Händler, seine Handwerker zur Verfügung; er
mischt sich in ihre Unterbringung und Einrichtung ein und bestimmt über ihre
Ausstattung. Man sieht ihn mit ihnen in ihren Kutschen, auf den Straßen der
Stadt und bei Spaziergängen, ebenso wie auf ihrer Bank bei einer Predigt und in
ihrer Loge im Theater; er macht mit ihnen die gleichen Besuche; er begleitet
sie zum Bad, zu den Quellen, auf Reisen; er hat die bequemste Wohnung bei ihnen
auf dem Lande. Er altert, ohne seine Autorität zu verlieren: Ein wenig Geist
und viel Zeit reichen ihm aus, um sie zu bewahren; die Kinder, die Erben, die
Schwiegertochter, die Nichte, die Bediensteten – alle hängen von ihm ab.
Zunächst hat er sich Respekt verschafft, schließlich sorgt er dafür, dass man
ihn fürchtet. Dieser so alte, so notwendige Freund stirbt, ohne dass man um ihn
trauert; und zehn Frauen, deren Tyrann er war, erlangen durch seinen Tod die
Freiheit.
Mettez
l’autorité, les plaisirs et l’oisiveté d’un côté, la dépendance, les soins et
la misère de l’autre : ou ces choses sont déplacées par la malice des hommes,
ou Dieu n’est pas Dieu.
Une
certaine inégalité dans les conditions, qui entretient l’ordre et la
subordination, est l’ouvrage de Dieu, ou suppose une loi divine : une trop
grande disproportion, et telle qu’elle se remarque parmi les hommes, est leur
ouvrage, ou la loi des plus forts.
Si
vous faites cette supposition, que tous les hommes qui peuplent la terre sans
exception soient chacun dans l’abondance, et que rien ne leur manque, j’infère
de là que nul homme qui est sur la terre n’est dans l’abondance, et que tout
lui manque. Il n’y a que deux sortes de richesses, et auxquelles les autres se
réduisent, l’argent et les terres : si tous sont riches, qui cultivera les
terres, et qui fouillera les mines ? Ceux qui sont éloignés des mines ne les
fouilleront pas, ni ceux qui habitent des terres incultes et minérales ne
pourront pas en tirer des fruits. On aura recours au commerce, et on le suppose
; mais si les hommes abondent de biens, et que nul ne soit dans le cas de vivre
par son travail, qui transportera d’une région à une autre les lingots ou les
choses échangées ? qui mettra des vaisseaux en mer ? qui se chargera de les
conduire ? qui entreprendra des caravanes ? On manquera alors du nécessaire et
des choses utiles. S’il n’y a plus de besoins, il n’y a plus d’arts, plus de
sciences, plus d’inventions, plus de mécanique. D’ailleurs cette égalité de
possessions et de richesses en établit une autre dans les conditions, bannit
toute subordination, réduit les hommes à se servir eux-mêmes, et à ne pouvoir
être secourus les uns des autres, rend les lois frivoles et inutiles, entraîne
une anarchie universelle, attire la violence, les injures, les massacres,
l’impunité.
Si vous supposez au contraire que tous les hommes sont pauvres, en vain le soleil se lève pour eux sur l’horizon, en vain il échauffe la terre et la rend féconde, en vain le ciel verse sur elle ses influences, les fleuves en vain l’arrosent et répandent dans les diverses contrées la fertilité et l’abondance ; inutilement aussi la mer laisse sonder ses abîmes profonds, les rochers et les montagnes s’ouvrent pour laisser fouiller dans leur sein et en tirer tous les trésors qu’ils y renferment. Mais si vous établissez que de tous les hommes répandus dans le monde, les uns soient riches et les autres pauvres et indigents, vous faites alors que le besoin rapproche mutuellement les hommes, les lie, les réconcilie : ceux-ci servent, obéissent, inventent, travaillent, cultivent, perfectionnent ; ceux-là jouissent, nourrissent, secourent, protègent, gouvernent : tout ordre est rétabli, et Dieu se découvre.
La
noblesse expose sa vie pour le salut de l’Etat et pour la gloire du souverain ;
le magistrat décharge le prince d’une partie du soin de juger les peuples : voilà
de part et d’autre des fonctions bien sublimes et d’une merveilleuse utilité ;
les hommes ne sont guère capables de plus grandes choses, et je ne sais d’où la
robe et l’épée ont puisé de quoi se mépriser réciproquement.