Un
comique outre sur la scène ses personnages; un poète charge ses déscriptions;
un peintre qui fait d'après nature force et exagère une passion, un contraste,
des attitudes; et celui qui copie, s'il ne mesure au compas les grandeurs et
les proportions, grossit ses figures, donne à toutes les pièces qui entrent
dans l'ordonnance de son tableau plus de volume que n'en ont celles de
l'original: de même la pruderie est une imitation de sagesse.
Il y a une fausse modestie qui est vanité, une
fausse gloire qui est légèreté, une fausse grandeur qui est petitesse, une
fausse vertu qui est hypocrisie, une fausse sagesse qui est pruderie.
Une femme prude paye de maintien et de parole;
une femme sage paye de conduite. Celle-là suit son humeur et sa complexion,
celle-ci sa raison et son coeur. L'une est sérieuse et austère; l'autre est
dans les diverses rencontres précisément ce qu'il faut qu'elle soit. La
première cache des faibles sous de plausibles dehors; la seconde couvre un
riche fonds sous un air libre et naturel. La pruderie contraint l'esprit, ne
cache ni l'âge ni la laideur; souvent elle les suppose: la sagesse au contraire
pallie les défauts du corps, ennoblit l'esprit, ne rend la jeunesse que plus
piquante et la beauté que plus périlleuse.
Keine Kommentare:
Kommentar veröffentlichen