Qu'est-ce que c'est qu'un homme de lettres qui n'est pas rehaussé par
son caractère, par le mérite de ses amis, et par un peu d'aisance? Si ce
dernier avantage lui manque au point qu'il soit hors d'état de vivre
convenablement dans la société où son mérite l'appelle, qu'a-t-il besoin du
monde? Son seul parti n'est-il pas de se choisir une retraite où il puisse
cultiver en paix son âme, son caractère et sa raison? Faut-il qu'il porte le
poids de la société, sans recueillir un seul des avantages qu'elle procure aux
autres classes de citoyens? Plus d'un homme de lettres, forcé de prendre ce
parti, y a trouvé le bonheur qu'il eût cherché ailleurs vainement. C'est
celui-là qui peut dire qu'en lui refusant tout on lui a tout donné. Dans
combien d'occasions ne peut-on pas répéter le mot de Thémistocle: « Hélas! nous
périssions si nous n'eussions péri! »