Mais
est-ce raison, que si particulier en usage, je pretende me rendre public en
cognoissance ? Est-il aussi raison, que je produise au monde, où la façon
et l’art ont tant de credit et de commandement, des effects de nature et crus
et simples, et d’une nature encore bien foiblette ? Est-ce pas faire une
muraille sans pierre, ou chose semblable, que de bastir des livres sans
science ? Les fantasies de la musique, sont conduits par art, les miennes
par sort. Aumoins j’ay cecy selon la discipline, que jamais homme ne traicta
subject, qu’il entendist ne cogneust mieux, que je fay celuy que j’ay
entrepris : et qu’en celuy là je suis le plus sçavant homme qui vive.
Secondement, que jamais aucun ne penetra en sa matiere plus avant, ny en
esplucha plus distinctement les membres et suittes : et n’arriva plus
exactement et plus plainement, à la fin qu’il s’estoit proposé à sa besongne.
Pour la parfaire, je n’ay besoing d’y apporter que la fidelité : celle-là
y est, la plus sincere et pure qui se trouve. Je dy vray, non pas tout mon
saoul : mais autant que je l’ose dire : Et l’ose un peu plus en
vieillissant : car il semble que la coustume concede à cet aage, plus de
liberté de bavasser, et d’indiscretion à parler de soy. Il ne peut advenir icy,
ce que je voy advenir souvent, que l’artizan et sa besongne se
contrarient : Un homme de si honneste conversation, a-il faict un si sot
escrit ? Ou, des escrits si sçavans, sont-ils partis d’un homme de si
foible conversation ?
Freitag, 19. Juni 2015
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