Mais pour suyvre ma route : il ma tousjours semblé, qu'en la poësie, Virgile, Lucrece, Catulle, et Horace, tiennent de bien loing le premier rang : et signamment Virgile en ses Georgiques, que j'estime le plus accomply ouvrage de la Poësie : à comparaison duquel on peut reconnoistre aysément qu'il y a des endroicts de l'Æneide, ausquels l'autheur eust donné encore quelque tour de pigne s'il en eust eu loisir : Et le cinquiesme livre en l'Æneide me semble le plus parfaict. J'ayme aussi Lucain, et le practique volontiers, non tant pour son stile, que pour sa valeur propre, et verité de ses opinions et jugemens. Quant au bon Terence, la mignardise, et les graces du langage Latin, je le trouve admirable à representer au vif les mouvemens de l'ame, et la condition de nos moeurs : à toute heure nos actions me rejettent à luy : Je ne le puis lire si souvent que je n'y trouve quelque beauté et grace nouvelle. Ceux des temps voisins à Virgile se plaignoient, dequoy aucuns luy comparoient Lucrece. Je suis d'opinion, que c'est à la verité une comparaison inegale : mais j'ay bien à faire à me r'asseurer en ceste creance, quand je me treuve attaché à quelque beau lieu de ceux de Lucrece. S'ils se piquoient de ceste comparaison, que diroient ils de la bestise et stupidité barbaresque, de ceux qui luy comparent à ceste heure Arioste : et qu'en diroit Arioste luy-mesme ?
Samstag, 17. Mai 2008
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