Une vérité cruelle, mais dont il faut convenir, c'
est que dans le monde, et surtout dans un monde choisi, tout est art, science,
calcul, même l' apparence de la simplicité, de la facilité la plus aimable. J'
ai vu des hommes dans lesquels ce qui paraissait la grâce d' un premier
mouvement était une combinaison, à la vérité très prompte, mais très fine et
très savante. J' en ai vu associer le calcul le plus réfléchi à la naïveté
apparente de l' abandon le plus étourdi. C' est le négligé savant d' une
coquette, d' où l' art a banni tout ce qui ressemble à l' art. Cela est
fâcheux, mais nécessaire. En général, malheur à l' homme qui, même dans l'
amitié la plus intime, laisse découvrir son faible et sa prise ! J' ai vu les
plus intimes amis faire des blessures à l' amour-propre de ceux dont ils
avaient surpris le secret. Il paraît impossible que, dans l' état actuel de la
société (je parle toujours du grand monde), il y ait un seul homme qui puisse
montrer le fond de son âme et les détails de son caractère, et surtout de ses
faiblesses, à son meilleur ami. Mais, encore une fois, il faut porter (dans ce
monde-là) le raffinement si loin qu' il ne puisse pas même y être suspect, ne
fût-ce que pour ne pas être méprisé comme acteur dans une troupe d' excellents
comédiens.
Dienstag, 12. Juni 2012
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