Montag, 20. Oktober 2008
Mais pour revenir à mon propos, nous avons pour nostre part, l'inconstance, l'irresolution, l'incertitude, le deuil, la superstition, la solicitude des choses à venir, voire apres nostre vie, l'ambition, l'avarice, la jalousie, l'envie, les appetits desreglez, forcenez et indomptables, la guerre, la mensonge, la desloyauté, la detraction, et la curiosité. Certes nous avons estrangement surpayé ce beau discours, dequoy nous nous glorifions, et ceste capacité de juger et cognoistre, si nous l'avons achetée au prix de ce nombre infiny des passions, ausquelles nous sommes incessamment en prinse. S'il ne nous plaist de faire encore valoir, comme fait bien Socrates, ceste notable prerogative sur les bestes, que où nature leur a prescript certaines saisons et limites à la volupté Venerienne, elle nous en a lasché la bride à toutes heures et occasions.
Il faut contraindre l'homme, et le renger dans les barrieres de ceste police. Le miserable n'a garde d'enjamber par effect au delà : il est entravé et engagé, il est assubjecty de pareille obligation que les autres creatures de son ordre, et d'une condition fort moyenne, sans aucune prerogative, præexcellence vraye et essentielle. Celle qu'il se donne par opinion, et par fantasie, n'a ny corps ny goust : Et s'il est ainsi, que luy seul de tous les animaux, ayt cette liberté de l'imagination, et ce desreglement de pensées, luy representant ce qui est, ce qui n'est pas ; et ce qu'il veut ; le faulx et le veritable ; c'est un advantage qui luy est bien cher vendu, et duquel il a bien peu à se glorifier : Car de là naist la source principale des maux qui le pressent, peché, maladie, irresolution, trouble, desespoir.
Mittwoch, 15. Oktober 2008
Samstag, 27. September 2008
Dienstag, 9. September 2008
Mais je laisse ce discours, qui me tireroit plus loing, que je ne voudrois suyvre. J'en diray seulement encore cela, que c'est la seule humilité et submission, qui peut effectuer un homme de bien. Il ne faut pas laisser au jugement de chacun la cognoissance de son devoir : il le luy faut prescrire, non pas le laisser choisir à son discours : autrement selon l'imbecillité et varieté infinie de nos raisons et opinions, nous nous forgerions en fin des devoirs, qui nous mettroient à nous manger les uns les autres, comme dit Epicurus. La premiere loy, que Dieu donna jamais à l'homme, ce fut une loy de pure obeyssance : ce fut un commandement, nud et simple où l'homme n'eust rien à cognoistre et à causer, d'autant que l'obeyr est le propre office d'une ame raisonnable, recognoissant un celeste, superieur et bien-facteur. De l'obeyr et ceder naist toute autre vertu, comme du cuider, tout peché. Et au rebours : la premiere tentation qui vint à l'humaine nature de la part du diable, sa premiere poison, s'insinua en nous, par les promesses qu'il nous fit de science et de cognoissance.
Dequoy se fait la plus subtile folie que de la plus subtile sagesse ? Comme des grandes amitiez naissent des grandes inimitiez, des santez vigoreuses les mortelles maladies : ainsi des rares et vifves agitations de noz ames, les plus excellentes manies, et plus detraquées : il n'y a qu'un demy tour de cheville à passer de l'un à l'autre. Aux actions des hommes insensez, nous voyons combien proprement s'advient la folie, avec les plus vigoureuses operations de nostre ame. Qui ne sçait combien est imperceptible le voisinage d'entre la folie avec les gaillardes elevations d'une esprit libre ; et les effects d'une vertu supreme et extraordinaire ? Platon dit les melancholiques plus disciplinables et excellent : aussi n'en est-il point qui ayent tant de propension à la folie. Infinis esprits se treuvent ruinez par leur propre force et soupplesse.
Quel sault vient de prendre de sa propre agitation et allegresse, l'un des plus judicieux, ingenieux et plus formés à l'air de cet antique et pure poësie, qu'autre poëte Italien n'aye de long temps esté ? N'a-il pas dequoy sçavoir gré à cette sienne vivacité meurtriere ? à cette clarté qui l'a aveuglé ? à cette exacte, et tendue apprehension de la raison, qui l'a mis sans raison ? à la curieuse et laborieuse queste des sciences, qui l'a conduit à la bestise ? à cette rare aptitude aux exercices de l'ame, qui l'a rendu sans exercice et sans ame ? J'eus plus de despit encore que de compassion, de le voir à Ferrare en si piteux estat survivant à soy-mesmes, mescognoissant et soy et ses ouvrages ; lesquels sans son sçeu, et toutesfois à sa veuë, on a mis en lumiere incorrigez et informes.
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