Samstag, 30. Januar 2010

La pensée console de tout et remédie à tout. Si quelquefois elle vous fait du mal, demandez-lui le remède du mal qu' elle vous a fait, et elle vous le donnera.
On croit le sourd malheureux dans la société. N' est-ce pas un jugement prononcé par l' amour-propre de la société, qui dit : " Cet homme-là n' est-il pas trop à plaindre de n' entendre pas ce que nous disons ? "
Il faut qu' il y ait de tout dans le monde ; il faut que, même dans les combinaisons factices du système social, il se trouve des hommes qui opposent la nature à la société, la vérité à l' opinion, la réalité à la chose convenue. C' est un genre d' esprit et de caractère fort piquant, et dont l' empire se fait sentir plus souvent qu' on ne croit. Il y a des gens à qui on n' a besoin que de présenter le vrai, pour qu' ils y courent avec une surprise naïve et intéressante. Ils s' étonnent qu' une chose frappante (quand on sait la rendre telle) leur ait échappé jusqu' alors.

Freitag, 29. Januar 2010

Il semble que l'on ne puisse rire que des choses ridicules: l'on voit néanmoins de certaines gens qui rient également des choses ridicules et de celles qui ne le sont pas. Si vous êtes sot et inconsidéré, et qu'il vous échappe devant eux quelque impertinence, ils rient de vous; si vous êtes sage, et que vous ne disiez que des choses raisonnables, et du ton qu'il les faut dire, ils rient de même.
Ceux qui nous ravissent les biens par la violence ou par l'injustice, et qui nous ôtent l'honneur par la calomnie, nous marquent assez leur haine pour nous; mais ils ne nous prouvent pas également qu'ils aient perdu à notre égard toute sorte d'estime: aussi ne sommes-nous pas incapables de quelque retour pour eux, et de leur rendre un jour notre amitié. La moquerie au contraire est de toutes les injures celle qui se pardonne le moins; elle est le langage du mépris, et l'une des manières dont il se fait le mieux entendre; elle attaque l'homme dans son dernier retranchement, qui est l'opinion qu'il a de soi-même; elle veut le rendre ridicule à ses propres yeux; et ainsi elle le convainc de la plus mauvaise disposition où l'on puisse être pour lui, et le rend irréconciliable.
C'est une chose monstrueuse que le goût et la facilité qui est en nous de railler, d'improuver et de mépriser les autres; et tout ensemble la colère que nous ressentons contre ceux qui nous raillent, nous improuvent et nous méprisent.

Donnerstag, 28. Januar 2010

Montag, 25. Januar 2010

C' est une belle allégorie, dans la bible, que cet arbre de la science du bien et du mal qui produit la mort. Cet emblème ne veut-il pas dire que, lorsqu' on a pénétré le fond des choses, la perte des illusions amène la mort de l' âme, c' est-à-dire un désintéressement complet sur tout ce qui touche et occupe les autres hommes ?
Il faut qu' un honnête homme ait l' estime publique sans y avoir pensé, et, pour ainsi dire, malgré lui. Celui qui l' a cherchée donne sa mesure.
J' ai lu, dans je ne sais quel voyageur, que certains sauvages de l' Afrique croient à l' immortalité de l' âme. Sans prétendre expliquer ce qu' elle devient, ils la croient errante, après la mort, dans les broussailles qui environnent leurs bourgades, et la cherchent plusieurs matinées de suite. Ne la trouvant pas, ils abandonnent cette recherche, et n' y pensent plus. C' est à peu près ce que nos philosophes ont fait, et avaient de meilleur à faire.