Celse
est d'un rang médiocre, mais des grands le souffrent; il n'est pas savant, il a
relation avec des savants; il a peu de mérite, mais il connaît des gens qui en
ont beaucoup; il n'est pas habile, mais il a une langue qui peut servir de
truchement, et des pieds qui peuvent le porter d'un lieu à un autre. C'est un
homme né pour les allées et venues, pour écouter des propositions et les
rapporter, pour en faire d'office, pour aller plus loin que sa commission et en
être désavoué, pour réconciler des gens qui se querellent à leur première
entrevue; pour réussir dans une affaire et en manquer mille, pour se donner
toute la gloire de la réussite, et pour détourner sur les autres la haine d'un
mauvais succès. Il sait les bruits communs, les historiettes de la ville; il ne
fait rien, il dit ou il écoute ce que les autres font, il est nouvelliste; il
sait même le secret des familles: il entre dans de plus hauts mystères: il vous
dit pourquoi celui-ci est exilé, et pourquoi on rappelle cet autre; il connaît
le fond et les causes de la brouillerie des deux frères, et de la rupture des
deux ministres. N'a-t-il pas prédit aux premiers les tristes suites de leur
mésintelligence? N'a-t-il pas dit de ceux-ci que leur union ne serait pas
longue? N'était-il pas présent à de certains paroles qui furent dites?
N'entra-t-il pas dans une espèce de négociation? Le voulut-on croire? fut-il
écouté? A qui parlez-vous de ces choses? Qui a eu plus de part que Celse à
toutes ces intrigues de cour? Et si cela n'était ainsi, s'il ne l'avait du
moins ou rêvé ou imaginé, songerait-il à vous le faire croire? aurait-il l'air
important et mystérieux d'un homme revenu d'une ambassade?
Dienstag, 26. Februar 2019
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