Mittwoch, 20. Oktober 2010
Chaque heure en soi comme à notre égard est unique: est-elle écoulée une fois, elle a péri entièrement, les millions de siècles ne la ramèneront pas. Les jours, les mois, les années s'enfoncent et se perdent sans retour dans l'abîme des temps; le temps même sera détruit: ce n'est qu'un point dans les espaces immenses de l'éternité, et il sera effacé. Il y a de légères et frivoles circonstances du temps qui ne sont point stables, qui passent, et que j'appelle des modes, la grandeur, la faveur, les richesses, la puissance, l'autorité, l'indépendance, le plaisir, les joies, la superfluité. Que deviendront ces modes quand le temps même aura disparu? La vertu seule, si peu à la mode, va au delà des temps.
Jede Stunde ist sowohl an sich als im Hinblick auf uns einzig: ist sie einmal verflossen, so ist sie auch gänzlich untergegangen, und Millionen Jahrhunderte können sie nicht zurückführen. Die Tage, die Monate, die Jahre stürzen in den Abgrund der Zeiten, um unwiderbringlich in ihm zu verschwinden, die Zeit selbst wird zerstört werden, sie ist nur ein Punkt in den ungeheuren Weiten der Ewigkeit und wird verlöschen. Es gibt Eintageszustände in der Zeit ohne Bestand und Dauer, Moden, Grösse, Gunst, Reichtümer, Macht, Gewalt, Unabhängigkeit, Vergnügen, Freuden, Überfluss. Was wird aus diesen Moden, wenn die Zeit selber verschwunden sein wird? Was so wenig in Mode ist, die Tugend allein, überdauert die Zeiten.
De combien de grands hommes dans les différents exercices de la paix et de la guerre aurait-on dû se passer! A quel point de perfection et de raffinement n'a-t-on pas porté de certains arts et de certaines sciences qui ne devaient point être nécessaires, et qui sont dans le monde comme des remèdes à tous les maux dont notre malice est l'unique source!
Que de choses depuis Varron, que Varron a ignorées! Ne nous suffirait-il pas même de n'être savant que comme Platon ou comme Socrate?
Que de choses depuis Varron, que Varron a ignorées! Ne nous suffirait-il pas même de n'être savant que comme Platon ou comme Socrate?
Mittwoch, 6. Oktober 2010
Samstag, 2. Oktober 2010
In einer Predigt, bei einer Musikaufführung oder in einer Gemäldegalerie vernimmt man zu seiner Rechten wie zu seiner Linken über diesselbe Sache die verschiedensten Urteile. Das könnte mich veranlassen zu sagen, dass man, gleichgültig in welchem Werk, Gutes und Schlechtes bringen darf: den einen gefällt das Gute, den andern das Schlechte. Man läuft nicht einmal Gefahr, wenn man das Schlimme bringt: es hat ebenfalls seine Parteigänger.
Tel à un sermon, à une musique, ou dans une galerie de peintures, a entendu à sa droite et à sa gauche, sur une chose précisément la même, des sentiments précisément opposés. Cela me ferait dire volontiers que l'on peut hasarder, dans tout genre d'ouvrages, d'y mettre le bon et le mauvais: le bon plaît aux uns, et le mauvais aux autres. L'on ne risque guère davantage d'y mettre le pire: il a ses partisans.
Dienstag, 28. September 2010
Freitag, 10. September 2010
Qu'on ne me parle jamais d'encre, de papier, de plume, de style, d'imprimeur, d'imprimerie, qu'on ne se hasarde plus de me dire: "Vous écrivez si bien, Antisthène! continuez d'écrire; ne verrons-nous point de vous un in-folio? traitez de toutes les vertus et de tous les vices dans un ouvrage suivi, méthodique, qui n'ait point de fin"; ils devraient ajouter: "et nul cours." Je renonce à tout ce qui a été, qui est et qui sera livre. Bérylle tombe en syncope à la vue d'un chat, et moi à la vue d'un livre. Suis-je mieux nourri et plus lourdement vêtu, suis-je dans ma chambre à l'abri du nord, ai-je un lit de plumes, après vingt ans entiers qu'on me débite dans la place? J'ai un grand nom, dites-vous, et beaucoup de gloire: dites que j'ai beaucoup de vent qui ne sert à rien. Ai-je un grain de ce métal qui procure toutes choses? Le vil praticien grossit son mémoire, se fait rembourser des frais qu'il n'avance pas, et il a pour gendre un comte ou un magistrat. Un homme rouge ou feuille-morte devient commis, et bientôt plus riche que son maître; il le laisse dans la roture, et avec de l'argent il devient noble. B** s'enrichit à montrer dans un cercle des marionnettes; BB** à vendre en bouteille l'eau de la rivière. Un autre charlatan arrive ici de delà les monts avec une malle; il n'est pas déchargé que les pensions courent, et il est prêt de retourner d'où il arrive avec des mulets et des fourgons. Mercure est Mercure, et rien davantage, et l'or ne peut payer ses médiations et ses intrigues: on y ajoute la faveur et les distinctions.
Et sans parler que des gains licites, on paye au tuilier sa tuile, et à l'ouvrier son temps et son ouvrage; paye-t-on à un auteur ce qu'il pense et ce qu'il écrit? et s'il pense très bien, le paye-t-on très largement? Se meuble-t-il, s'anoblit-il à force de penser et d'écrire juste? Il faut que les hommes soient habillés, qu'ils soient rasés; il faut que retirés dans leurs maisons, ils aient une porte qui ferme bien: est-il nécessaire qu'ils soient instruits? Folie, simplicité, imbécillité, continue Antisthène, de mettre l'enseigne d'auteur ou de philosophe! Avoir, s'il se peut, un office lucratif, qui rende la vie aimable, qui fasse prêter à ses amis, et donner à ceux qui ne peuvent rendre; écrire alors par jeu, par oisiveté, et comme Tityre siffle ou joue de la flûte; cela ou rien; j'écris à ces conditions, et je cède ainsi à la violence de ceux qui me prennent à la gorge, et me disent: "Vous écrirez." Ils liront pour titre de mon nouveau livre: Du Beau, Du Bon, Du Vrai, Des Idées, Du Premier Principe, par Antisthène, vendeur de marée.
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