J'ai
différé à le dire, et j'en ai souffert; mais enfin il m'échappe, et j'espère
même que ma franchise sera utile à celles qui n'ayant pas assez d'un confesseur
pour leur conduite, n'usent d'aucun discernement dans le choix de leurs directeurs.
Je ne sors pas d'admiration et d'étonnement à la vue de certains personnages
qui je ne nomme point; j'ouvre de fort grands yeux sur eux; je les contemple:
ils parlent, je prête l'oreille; je m'informe, on me dit des faits, je les
recueille; et je ne comprends pas comment des gens en qui je crois voir toutes
choses diamétralement opposées au bon esprit, au sens droit, à l'expérience des
affaires du monde, à la connaissance de l'homme, à la science de la religion et
des moeurs, présument que Dieu doive renouveler en nos jours la merveille de
l'apostolat, et faire un miracle en leurs personnes, en les rendant capables,
tout simples et petits esprits qu'ils sont, du ministère des âmes, celui de
tous le plus délicat et le plus sublime; et si au contraire ils se croient nés
pour un emploi si relevé, si difficile, et accordé à si peu de personnes, et
qu'ils se persuadent de ne faire en cela qu'exercer leurs talents naturels et
suivre une vocation ordinaire, je le comprends encore moins.
Je vois bien que le goût qu'il y a à devenir
le dépositaire du secret des familles, à se rendre nécessaire pour les
réconciliations, à procurer des commissions ou à placer des domestiques, à
trouver toutes les portes ouvertes dans les maisons des grands, à manger
souvent à de bonnes tables, à se promener en carrosse dans une grande ville, et
à faire de délicieuses retraites à la compagne, à voir plusieurs personnes de
nom et de distinction s'intéresser à sa vie et à sa santé, et à ménager pour
les autres et pour soi-même tous les intérêts humains, je vois bien, encore une
fois, que cela seul a fait imaginer le spécieux et irrépréhensible prétexte du
soin des âmes, et semé dans le monde cette pépinière intarissable de
directeurs.
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