La
dévotion vient à quelques-uns, et surtout aux femmes, comme une passion, ou
comme le faible d'un certain âge, ou comme une mode qu'il faut suivre. Elles
comptaient autrefois une semaine par les jours de jeu, de spectacle, de
concert, de mascarade, ou d'un joli sermon: elles allaient le lundi perdre leur
argent chez Ismène, le mardi leur temps chez Climène, et le mercredi leur
réputation chez Célimène; elles savaient dès la veille toute la joie qu'elles
devaient avoir le jour d'apès et le lendemain; elles jouissaient tout à la fois
du plaisir présent et de celui qui ne leur pouvait manquer; elles auraient
souhaité de les pouvoir rassembler tous en un seul jour: c'était alors leur
unique inquiétude et tous le sujet de leurs distractions; et si elles se trouvaient
quelquefois à l'Opéra, elles y regrettaient la comédie. Autres temps, autres
moeurs: elles outrent l'austérité et la retraite; elles n'ouvrent plus les yeux
qui leur sont donnés pour voir; elles ne mettent plus leurs sens à aucun usage;
et chose incroyable! elles parlent peu; elles pensent encore, et assez bien
d'elles-mêmes, comme assez mal des autres; il y a chez elles une émulation de
vertu et de réforme qui tient quelque chose de la jalousie; elles ne haïssent
pas de primer dans ce nouveau genre de vie, comme elles faisaient dans celui
qu'elles viennent de quitter par politique ou par dégoût. Elles se perdaient
gaiement par la galanterie, par la bonne chère et par l'oisivité; et elles se
perdent tristement par la présomption et par l'envie.
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